Plaidoyer pour une éthique islamique en écologie

Jeudi 10 février 2011, , 153 visites

Le changement climatique constitue certainement le plus grand défi que l’humanité devra relever au cours du XXIe siècle. L’espèce humaine dispose aujourd’hui de très peu de temps pour renverser le cours d’une tendance qui menace son existence. Les signes manifestes d’une planète malade ne manquent pas, et tout porte à croire que les dysfonctionnements du climat généreront des catastrophes de plus en plus brutales. La manière dont le monde gère aujourd’hui cette crise aura des conséquences directes sur la vie des générations futures.

Une réponse planétaire doit donc être apportée au danger du réchauffement climatique. Comme pour les autres traditions philosophiques ou religieuses, l’islam se doit d’être à la hauteur de ce défi d’un genre nouveau. L’objet de cette contribution est de proposer des pistes pour placer la question de l’écologie au centre de la pensée islamique d’aujourd’hui et d’engager les musulmans dans une prise en compte accrue des préoccupations de l’environnement dans leur vie quotidienne.

Un constat alarmant

A part quelques personnalités ou groupuscules aux motivations obscures1, plus personne ne nie la réalité du dérèglement climatique et que c’est bien l’activité de l’homme qui en est à l’origine. Le Rapport mondial sur le développement humain 2007-2008 consacré à la lutte contre le changement climatique et rédigé par les experts du Programme des Nations Unies pour le Développement (PNUD)2 aboutit à des conclusions alarmantes : « il reste à l‟humanité moins de dix ans pour retourner la situation ». Si rien n’est fait dans les plus brefs délais, le monde entrera dans une ère d’incertitudes où les foudres du climat auront pour les 40% de la population mondiale la plus pauvre – soit environ 2,6 milliards de personnes – des conséquences apocalyptiques3. A terme, c’est l’ensemble de l’humanité qui en subira les effets néfastes et destructeurs.

Lors de l’une des ses dernières réunions, le GIEC (Groupe intergouvernemental d’experts sur l’évolution du climat qui regroupe 2500 chercheurs provenant de 130 pays et dont l’ensemble des publications est soumis au consensus), auteur d’un rapport détaillé sur la question en 2007, mettait en évidence que c’est, parmi les scénarios qu’il avait élaborés, « le plus noir » qui se profile désormais4. Entre 1990 et 2006, le monde a connu les treize années les plus chaudes depuis 1880, date qui marque le début de l’ère industrielle. Quasiment tous les scientifiques reconnus du monde sont formels : le rejet et l’accumulation des gaz à effets de serre, responsables du réchauffement de la planète, sont beaucoup trop importants et sans des mesures draconiennes de réduction, les températures moyennes mondiales risquent d’augmenter de plus de 5°C. Pour situer les choses, le rapport du PNUD indique qu’un tel différentiel de 5°C correspond aux « changements de températures observées depuis la dernière ère glaciaire, une ère où une grande partie l‟Europe et de l‟Amérique du Nord se trouvait sous plus d‟un km de glace »…
Face à ce péril, le monde a commencé à prendre conscience de l’urgence d’une mobilisation. Seulement, en dépit de tous les rapports et autres mobilisations, l’échec du sommet de Copenhague censé prendre le relais du Protocole de Kyoto démontre tristement que les responsables politiques actuels sont dans l’incapacité d’étendre leur vision au-delà des échéances électorales. Pire, on assiste aujourd’hui à une forme de régression en la matière du fait de la combinaison d’une crise économique, qui relègue au second plan l’impératif écologique, avec une offensive de groupuscules “climato-sceptiques“ aux pratiques peu scrupuleuses5. Alors que le changement climatique nécessite plus que jamais des actions d’envergure tant au niveau local que national et mondial, la déception d’avoir échoué à Copenhague, doublée d’un manque de volontarisme politique qu’illustre, en France, l’annulation de la taxe carbone, sont des motifs suffisants de préoccupation. Chaque jour qui passe complique davantage la tâche et considérant l’inertie et le manque de courage des responsables politiques, il revient à la société civile mondiale d’agir dans ce domaine. La gravité de la crise environnementale nécessite, en effet, la mise en mouvement de toutes les composantes de la société, dont les communautés religieuses. C’est dans ce cadre que les musulmans ont le devoir d’apporter leur contribution à la sauvegarde d’une planète à la santé si fragile.

la suite en PDF :