PARLONS DE LA FORMATION DES IMAMS EN FRANCE

Dimanche 4 novembre 2007, , 283 visites

A la fin des années 80, sous l’impulsion de l’Union des Organisations Islamiques de France -UOIF- et de la Fédération des Organisations Islamiques en Europe, le premier Institut de Formation des imams de France et d’Europe (Institut Européen des Sciences Humaines -IESH-), avait ouvert ses portes à Château Chinon (Nièvre). Cette initiative s’inscrit dans un choix délibéré visant à enraciner l’islam dans son contexte européen. Depuis, la France, avec quelques pays européens ont pris conscience de l’importance de ce dossier et ont entamé une multitude d’initiatives pour le reprendre en main, considérant que la formation des imams sur le sol européen est un enjeu majeur, et qu’il est hors de question pour eux de rester en position d’observateurs. Entre temps, d’autres initiatives, certes de moindre ampleur, ont vu le jour.
Avec la mise en place du CFCM -Conseil Français du Culte Musulman-, les pouvoirs publics ont voulu que celui-ci se charge de ce dossier afin de proposer des solutions satisfaisantes.
Ainsi, et dès sa mise en place, le CFCM a chargé une commission de lui faire des propositions permettant de faire avancer ce dossier. Au bout de quelques semaines, cette commission a élaboré une feuille de route qui a été validée par la direction du CFCM. Cette feuille de route a fixé les objectifs suivants :
Etudier les contenus pédagogiques des centres de formation existants en France, en vue de mettre en place un cahier des charges du CFCM qui deviendra commun aux instituts de formation des imams en France.
Faire un état des lieux du statut social des imams en France.
Définir les missions des imams.
Or, l’instabilité du CFCM, et les « tempêtes » qu’il a traversées, ont fait que cette feuille de route n’a pas été suivi par des actes.

Aujourd’hui, on nous annonce avec grand enthousiasme, que l’Institut catholique de Paris va mettre en place une formation laïque sur les relations entre la société française et l’Islam, baptisée "Religions, laïcité, inter-culturalité". Ce diplôme universitaire sera ouvert à tous les cadres religieux et associatifs. Les étudiants pourraient ainsi devenir des imams. Une trentaine de places devraient être ouvertes, en partenariat avec l’Institut de théologie de la Mosquée de Paris.

Que l’Institut catholique de Paris mette en place ce type de formation est tout à son honneur, au moment où plusieurs universités françaises en ont refusé le principe ! Cependant, présenter cette initiative comme étant la Solution aux soucis exprimés par les institutions musulmanes de France ou les pouvoirs publics au sujet de ce dossier, constitue à notre sens une volonté délibérée d’induire en erreur l’opinion publique.

Le sujet de la formation des imams doit être traité avec sérénité loin de toute pression politique ou médiatique. Aussi, il serait important de définir un certain nombre de principes qui doivent guider notre approche de ce dossier.

Nous considérons que la formation du personnel religieux, et en particulier des imams, est l’affaire interne et exclusive des représentants de chaque famille religieuse. Un imam n’est pas un technicien de la religion musulmane, sa fonction ne peut pas se résumer à des connaissances théoriques. On ne peut concevoir une formation religieuse vidée de sa charge spirituelle, ou dépourvue de la portée d’un modèle qui donne envie de suivre leurs pas et de reproduire leurs exemples.

A-t-on oublié que toute opération de formation vise à satisfaire le côté cognitif aussi bien que le côté affectif, et ce dernier ne peut être assuré que dans un cadre qui inspire piété, dévotion et sincérité.

Aussi, nous n’aurons de cesse de rappeler que la formation des imams revient aux musulmans eux-mêmes, et c’est à eux d’en définir le contenu et la forme, en tenant compte, bien évidemment, à la fois de l’authenticité du savoir théologique dispensé et du contexte français où il est dispensé. La diversité des cursus dans la formation des imams est sans doute un gage de richesse et d’ouverture dans le paysage musulman de France, et tout désir d’uniformisation et de standardisation des contenus d’une telle formation par le haut, ne peut être que source d’appauvrissement intellectuel et scientifique. L’essentiel, doit résider dans la capacité des différents instituts de formation existants et futurs à échanger entre eux et à faire que le socle de savoir minimum que doit procurer cette formation, ne soit pas sujet à des divergences fondamentales.

Cette formation doit doter les futurs imams d’une connaissance parfaite du contexte français à la fois sur le plan historique et sociologique, et rien n’empêche qu’une coopération se mette en place entre des universités françaises et les instituts de formation des imams. L’autre choix qui n’est pas à négliger, serait que les instituts eux-mêmes assurent ce volet de la formation à travers un personnel enseignant qualifié. A ce niveau, il est plus que nécessaire de rappeler que les jeunes qui suivent ces cycles de formation sont issus du système scolaire français, et ne sont donc pas étrangers au contexte. Donc, la notion de formation complémentaire est à prendre avec relativisme et à sa juste dimension.

Une fois ces principes fixés, il est important de mettre l’accent sur les objectifs qui restent à atteindre. Le premier est de garantir aux jeunes candidats à cette formation les meilleures conditions matérielles leur permettant de l’achever. Le deuxième est de valoriser le statut de l’imam en termes d’image sociale et de niveau de rémunération. Tant que ces deux éléments ne seront pas réalisés, cette fonction aura du mal à susciter un intérêt auprès des jeunes. Il est de notre devoir de tout faire pour que l’imam prenne toute sa place dans le paysage cultuel français : un imam ayant une formation sérieuse, connaissant parfaitement son contexte et qui reste ouvert sur son entourage.

Enfin, ne nous trompons pas de chantier, et relevons le véritable défi qui consiste à redonner confiance en nos imams lesquels, dans la grande majorité des villes et des quartiers, font un travail immense d’accompagnement spirituel et social et qui est malheureusement sous estimé et négligé.

Fouad ALAOUI