Ibn Taymiya : 4. Entre la divinité et la seigneuralité, le polymorphisme de l’associationnisme (shirk)

Ne serions-nous pas tous, d’un certain point de vue, des associateurs (mushrik) ? En d’autres termes, ne commettrions-nous pas tous le péché qui, dans l’optique de l’Islam, est le plus grave, celui que le Très-Haut Lui-même dit ne point pardonner ?

dimanche 5 décembre 2010

Pour sûr, nous ne sommes pas des polythéistes puisque nous ne croyons qu’en un seul Dieu… En réalité, les choses sont-elles cependant aussi simples ? Ainsi, les Arabes païens interpellés par la révélation coranique ne reconnaissaient en fait, au-delà de la multiplicité des idoles vénérées d’eux, qu’un seul et unique Créateur des cieux et de la terre. Ils n’en demeuraient pourtant pas moins des associateurs. Nous par ailleurs, quand nous traduisons Al-hamdu li-Llâh en français, ne disons-nous pas spontanément : «  Louange à Dieu ! » ? Comme l’utilisation de l’article al- l’indique clairement, c’est cependant toute la louange, sans exception, qui appartient en droit à Dieu. En nous exprimant implicitement, au moment même où nous célébrons Sa louange, comme si d’autres choses que le Très-Haut méritaient aussi d’être louées, ne tomberions-nous donc pas nous-mêmes dans l’associationnisme ?

Pour y voir plus clair, Ibn Taymiyya recourt dans les pages traduites ci-dessous à des distinctions et concepts théologiques déjà rencontrés dans les précédents Textes spirituels : la divinité et la seigneuralité de Dieu, les paroles relatives à l’obligation (al-kalimât al-taklîfiyya) et les paroles ontologiques, l’ordre Légal et l’ordre relatif à la volonté, l’adoration et la servitude. Apportant plus de précision encore à son propos, il distingue dans la même perspective, d’une part l’obéissance à l’ordre et à la prohibition révélés, l’amour et la peur de Dieu, l’espérance en Lui, le retour repentant vers Lui, de l’autre la confiance en Dieu, la délégation, la cession, l’abandon du choix des affaires au Très-Haut. Double « spectacle » dont les secrets sont réunis dans le cinquième verset de la Fâtiha : « C’est Toi que nous adorons et c’est Toi dont nous demandons l’aide !  » C’est parce que certains maîtres spirituels n’ont pas été suffisamment présents à la spécificité, à l’indissociabilité et à la complémentarité des dimensions de la religion et de l’être, que leurs pieds ont glissé sur la Voie… Quant à l’associationnisme, si on veut en entrevoir la complexité, le minimum est de se rendre compte qu’à l’instar du tawhîd, il en est deux espèces, l’une relative à la divinité, l’autre à la seigneuralité.

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