I/ Les sources et les objectifs de la législation islamique (maqâsid ash-shari’a) (partie 2)

Tariq Ramadan/Présence Musulmane

Dimanche 25 février 2007, , 646 visites

2. Les objectifs de la législation islamique

La terminologie « objectifs de la législation islamique » s’emploie pour désigner les objectifs généraux que la législation islamique cherche à concrétiser dans la vie des hommes. Elle s’emploie également pour désigner les objectifs particuliers dont il est prescrit pour réaliser chacun d’eux une règle particulière.
- Les orientations générales : C’est la concrétisation des intérêts de tous les êtres humains dans la vie présente et dans l’au-delà. Cela se réalise à travers plusieurs règles de la législation islamique.
- Les règles particulières : Ce sont les règles que la législation islamique cherche à concrétiser dans des domaines particu-liers de la vie tels que le système économique, familial ou politique, etc.
Du point de vue de l’importance les intérêts des êtres humains sont classés en trois catégories :
- L’indispensable (ad-darûrî) : C’est ce sur quoi est fondée la vie humaine, et sans quoi la vie ne peut se dérouler saine-ment : l’absence de "l’indispensable" entraîne inévitablement le désordre et la corruption. Compris dans ce sens, "l’indispensable" se résume dans les cinq universaux que nous allons expliquer par la suite.
- Le nécessaire (al-hâjî) : C’est ce dont les êtres humains ont besoin pour mener une vie facile et confortable, et pour les ai-der à supporter les responsabilités et les difficultés de la vie. L’absence du "nécessaire" n’entraîne pas le désordre et la corruption, comme dans le cas de l’indispensable, mais elle est une cause de gêne et de difficulté. Compris dans ce sens, le "nécessaire" est ce qui permet d’épargner la gêne aux êtres humains et d’alléger leurs difficultés afin qu’ils puissent suppor-ter leurs responsabilités, et tout ce qui facilite les relations sociales, les échanges et le travail.
- L’accessoire (at-tahsînî) : C’est ce qui contribue à l’harmonie, aux bonnes mœurs et à la bienséance. L’absence de "l’accessoire" n’empêche pas le déroulement de la vie humaine comme dans le cas de "l’indispensable", et n’est pas une cause de gêne comme dans le cas de l’absence du "nécessaire". Toutefois, une vie où il manque "l’accessoire" paraîtra répugnante à un être humain sensible et intelligent. Compris dans ce sens, "l’accessoire" est tout ce qui relève des valeurs morales et des bonnes coutumes, et tout ce qui aide les êtres humains à vivre en harmonie.
Les juristes « des sources de la législation », à la suite de la formulation produite par le savant Ash-Shâtibî dans son célèbre ouvrage Al Mu’afaqât, ont déterminé cinq principes dont le respect va orienter toute la réglementation religieuse et qui, a fortiori, va influer sur les perspectives sociales, politiques et économiques : la religion (ad-dîn), la personne (an-nafs), la raison (al-’aql), la filiation (an-nasl), les biens (al-amwâl). Il est possible de dire que toutes les obligations et toutes les interdictions religieuses découlent du respect strict de ces principes fondamentaux. De fait, la législation des différents domaines d’activité humaine devra s’efforcer de préserver cette orientation essentielle : celle-ci doit agir comme la référence, comme une sorte de mémoire des finalités, que les croyants ne peuvent négliger. La législation islamique a apporté des préceptes et des règles suffisants pour préserver ces cinq "indispensables" ; qu’il s’agisse de leur existence lorsqu’elle prescrit ce qui assure leur présence dans la société, ou de leur pérennité en les développant et les préservant des causes de corruption et de disparition.

a) Préservation de la religion

L’Islam a bien apprécié l’importance de la religion dans la vie de l’homme ; en effet, elle répond à l’inclination de l’homme à adorer Dieu, renforce sa conscience et son affectivité, consolide les principes du bien et de la vertu dans son âme et comble sa vie de joie et de quiétude. Compte tenu de toutes ces raisons, la religion est une nécessité vitale pour l’être humain, comme l’a dit Dieu le Très-Haut (Ar-Rum, 30).
Pour toutes ces considérations, la législation islamique a préservé la religion, que ce soit en ce qui concerne son ancrage et son affermissement dans les âmes dès le départ, ou concernant le renforcement de sa base et son entretien de manière à la développer et à sauvegarder sa continuité et sa pérennité. A cet effet, l’Islam a prescrit les moyens ci-après :

  1. L’ancrage de la certitude au sujet des principes de croyance et de ses piliers : Il s’agit de la croyance en Dieu, en Ses Messagers, en Ses Anges, au Jour Dernier et à la prédestination du bien et du mal (Al Baqara, 285) ; (An-Nissâ, 136) ;
  2. L’édification de cette croyance sur l’argument rationnel et la preuve scientifique ; pour cela, l’Islam exhorte à la réflexion et la méditation : (Al A’raf, 185) et plaint le sort de ceux qui ne méditent pas sur les nombreux si-gnes de Dieu qui se trouvent dans l’univers : (Youssouf, 105). De même, l’Islam a engagé une campagne féroce contre les traditions ancestrales et le fait d’adopter des croyances sans méditation préalable, ni preuve : (Al Ba-qara, 170) ;
  3. La pratique des fondements de l’adoration et des piliers de l’Islam que sont la prière, l’aumône légale (Za-kat), le jeûne et le pèlerinage, après avoir prononcé la double attestation de foi : « J’atteste qu’il n’y a point de divinité digne d’adoration en dehors de Dieu et que Muhammad est le Messager de Dieu. » Parmi les plus importants secrets et sagesses de ces actes d’adoration, il y a le fait qu’ils créent un lien entre l’homme et son Créateur et consolident sa relation avec son Seigneur ; ce qui contribue à ancrer et tonifier le fondement de la croyance dans son âme. Le Messager de Dieu (PBDL ) rapporte que son Seigneur a dit : « Mon esclave ne s’est jamais rap-proché de Moi par le biais d’une chose que j’aime plus que ce que Je lui ai prescrit obligatoirement ; et Mon esclave ne cessera de se rapprocher de Moi à l’aide des actes surérogatoires jusqu’à ce que Je l’aime… »
    Le Prophète (PBDL ) a dit : « L’Islam est fondé sur cinq piliers : l’attestation qu’il n’y a point de divinité digne d’adoration en dehors de Dieu et que Muhammad est le Messager de Dieu, l’accomplissement de la prière rituelle, l’acquittement de la Zakat, le jeûne du mois de Ramadan et le pèlerinage de la Maison Sacrée pour celui qui a les moyens. » ;
  4. L’obligation d’inviter les gens à la religion de Dieu, de protéger cette invitation et de garantir la sécurité de ceux qui se chargent de cette mission : (Al Imran, 104) ; (An-Nahl, 125) ; (Luqman, 17) ; (Al Alaq, 9-10) ; (Al Buruj, 10) ;
  5. La garantie et la protection de la liberté de la croyance et la religion ; en effet, l’Islam ne contraint personne à l’embrasser et permet la coexistence des différentes religions sur son territoire. Il laisse le champ libre aux adep-tes d’autres religions en ce qui concerne leurs croyances, la pratique de leurs cultes et leurs vies civiles. Le Prophète (PBDL ) dit : « Ils ont les mêmes droits et obligations que nous. » Bien mieux, l’un des objectifs du Djihad islamique est de garantir la liberté de la croyance et la religion. (Al Hadj, 40)
  6. La prescription du Djihad dans le but de consolider la religion, de faire face à l’agression et de sauvegarder la croyance. Le Très-Haut a dit : (Al Baqara, 190) ; (An-Nissâ, 75)
  7. L’observation des préceptes de la religion et leur pratique après s’en être convaincu. De cette façon, la reli-gion garde sa vitalité dans les âmes et ses effets sur les consciences. C’est pour cela que la croyance et la bonne œuvre sont évoquées ensemble dans plusieurs versets du Qur’an car nous trouvons à plusieurs reprises dans le Qur’an : Al Baqara, 277 ; Younous, 9 ; Hud, 23 ; Al Kahf, 30 ; Al Kahf, 107
  8. La prescription de la peine de l’abjuration afin que l’homme soit sérieux en embrassant l’Islam, et qu’il ne se convertisse à l’Islam qu’après une conviction parfaite. Aussi, l’Islam ne contraint personne à l’embrasser. Bien au contraire, Dieu n’agrée la religion que lorsqu’elle émane de la conviction du fidèle. Quand une personne entre dans l’Islam, on présume qu’elle est convaincue de sa décision. Si elle apostasie par la suite, cela veut dire qu’elle a provoqué une déstabilisation idéologique et politique entraînant le désordre dans la société et la perte de sa stabilité idéologique et spirituelle escomptée. Dieu dit mettant en exergue l’appel des polythéistes à cette politique : (Al Imran, 72). Pour cette raison, la peine de l’apostasie a été prescrite afin de sauvegarder le sérieux de la croyance et le caractère sacré de la religion ;
  9. L’établissement d’une muraille formée des besoins et des compléments tels que l’accomplissement de la prière en groupe et les différents actes d’adoration surérogatoires. Et avec toutes ces prescriptions, la religion s’enracine et s’ancre dans l’âme de l’être humain et dans la société. Il en résulte la concorde, la quiétude et le bien de l’individu et la société.

b) Préservation de la vie

Parmi les nécessités de la vie humaine, il y a la préservation de l’âme et l’inviolabilité du droit à la vie. L’Islam a pour sa part prescrit plusieurs mesures pour la sauvegarde de la vie
L’Islam a prescrit le mariage afin que la reproduction et l’accroissement des êtres humains soient assurés, et afin que soient produites des âmes pour peupler le monde et constituer le germe de la vie humaine dans la génération à venir. Par ailleurs, l’Islam a mentionné la relation sacrée entre les époux et l’a considérée comme l’un des signes de Dieu : (Ar-Rum, 21). L’Islam a aussi prescrit plusieurs mesures pour sauvegarder l’âme :

  1. L’Islam a prescrit à l’homme de se pourvoir les moyens de survie tels que la nourriture, la boisson, l’habillement et le logement. Ainsi, il est interdit au musulman de se priver de ces « indispensables » d’une ma-nière qui menace sa survie. De même, l’Islam a considéré l’obtention de ces « indispensables » comme le strict minimum que la société, incarnée par l’Etat, doit fournir aux individus incapables de les obtenir d’eux mêmes. Bien mieux, il a commandé à l’homme – au cas où sa vie est vraiment menacée – de se sauver de la mort en uti-lisant l’argent d’autrui dans les limites du nécessaire.
  2. L’Islam a prescrit à l’Etat de mettre en place les corps capables d’assurer la sécurité publique des individus.
  3. L’Islam prescrit la préservation de la dignité de l’être humain en interdisant la diffamation et l’injure. De cette façon, il a protégé les libertés de pensée, d’activité, d’opinion, de résidence et de déplacement. (Al Ahzab, 58).
  4. La prescription des facilitations à cause des excuses motivées par les difficultés qui affectent l’individu et lui causent des préjudices ; parmi ces facilitations, il y a la permission de rompre le jeûne pendant le mois de Rama-dan pour cause de maladie ou de voyage et le raccourcissement de la prière pendant le voyage.
  5. L’Islam a interdit le meurtre, qu’il s’agisse du suicide ou de tuer une autre personne. (An-Nissâ, 29). Il a exé-cré ce crime et considéré l’assassinat d’une seule âme comme celui de tous les hommes : (Al Maïda, 32) ; (Al Isra, 33) ; (An-Nissâ, 93). Et dans un hadith, le Prophète ( ) a dit : « Celui qui tue un (non musulman) allié ne sentira pas l’odeur du Paradis. »
  6. L’Islam a prescrit le talion pour le meurtre volontaire, et le prix du sang et l’expiation pour le meurtre invo-lontaire : (Al Baqara, 178) ; (An-Nissâ, 92).
  7. La proclamation du Djihad dans le but de sauvegarder les vies et de protéger les faibles : (An-Nissâ, 75).
  8. Il a prescrit au musulman de sauver celui qui s’expose injustement au meurtre ou à un danger s’il en est ca-pable.
  9. De même, il a prescrit à l’homme de se défendre s’il est agressé par celui qui lui veut du mal ; dans ce cas, il n’assume aucune responsabilité si l’assaillant meurt et qu’il est prouvé qu’il voulait l’agresser.

c) Préservation de la raison

La raison a une grande importance dans l’Islam ; c’est d’elle que dépend la responsabilisation et c’est avec elle que l’être humain a été anobli et préféré à toutes les autres créatures ; c’est aussi avec la raison que l’homme a été préparé à assurer la succession sur terre et porter la responsabilité qui lui a été confiée par Dieu : (Al Ahzab, 72). En raison de cette importance particulière, l’Islam a préservé la raison et a prescrit des règles qui garantissent son intégrité et sa vivacité ; parmi ces règles, il y a ce qui suit :

  1. L’Islam a interdit tout ce qui peut influencer la raison, lui porter préjudice ou enrayer ses capacités tels que le vin, les drogues, etc. (Al Maïda, 90).
  2. Il a prescrit des peines répressives contre la consommation des produits enivrants et cela à cause de leur dan-ger et de leurs effets extrêmement préjudiciables à l’individu et la société.
  3. Il a éduqué la raison à l’esprit d’indépendance dans la compréhension, la méditation, le fait de suivre la preuve et le rejet du suivisme non fondé sur la preuve : (Al Anbiya, 24) ; (Al Muminune, 117) ; (Al Baqara, 111)
  4. De même, l’Islam a exhorté à développer la raison sur le plan matériel et moral. Il s’agit dans le premier cas de consommer de la bonne nourriture qui fortifie le corps et active l’esprit ; pour cette raison, il est détestable au magistrat de juger une affaire pendant qu’il est affamé ; de même, il est préférable de commencer par manger avant d’accomplir la prière au cas où le repas et la prière se présentent simultanément.
    Et sur le plan moral, l’Islam insiste sur la recherche du savoir et la considère comme le fondement de la foi : (Fa-tir, 28) ; (Ta-Ha, 114). De même, il offre l’opportunité de faire les études à tous et fait de cela un droit commun à tous les individus de la société. Bien mieux, il a fait de l’acquisition d’un minimum de connaissance, une obliga-tion pour chaque musulman et musulmane.
  5. L’élévation du rang de la raison et l’anoblissement des doués d’intelligence dans plusieurs versets du Qur’an (Az-Zumar, 17-18) ; (Az-Zumar, 9).
  6. L’affranchissement de la raison de l’emprise des superstitions et sa libération du carcan des illusions. C’est ainsi que l’Islam a interdit la magie, la divination, la prestidigitation et bien d’autres méthodes d’imposture et de superstition. De même, il a interdit à la raison de s’engager dans le domaine de l’inconnu sans aucune preuve, ni connaissance venant de la révélation reçue par les Prophètes ; il considère ce genre de démarche comme du gas-pillage de l’énergie : (Ghafir, 56).
  7. La formation de la raison au raisonnement productif et à la perception de la vérité et ce par le biais de deux méthodes :
    a) Premièrement : L’Islam a tracé la voie adéquate de la méditation rationnelle permettant de parvenir à la certitude. C’est ainsi qu’il invite à la vérification avant la croyance : (Al Isra, 36) ; (Al Kahf, 15).
    b) Deuxièmement : L’appel à la contemplation des lois cosmiques pour les découvrir et méditer la précision et l’harmonie qui s’y trouvent ainsi qu’au recours à la vérification minutieuse dans le but de parvenir à la certitude.
  8. L’Islam a orienté l’énergie de l’esprit vers la déduction des sagesses et des secrets de la législation islami-que : (An-Nissâ, 82).
  9. De même, il a orienté l’énergie de l’esprit vers l’extraction des énergies physiques de l’univers et leur exploi-tation dans l’édification de la civilisation (Al Mulk, 15).
  10. L’Islam a donné à la raison la possibilité de procéder à l’Ijtihad [l’Ijtihad consiste à ce que le docte du Fiqh fasse de son mieux en étudiant les preuves pour pouvoir accéder à la présomption ou la certitude que le jugement de Dieu sur la question est ceci ou cela], l’Islam ouvre donc la porte de l’Ijtihad à la raison pour les questions qui ne sont pas réglées par des textes clairs de la législation et ce, dans deux domaines :

    a) La connaissance et la déduction des objectifs et des buts à partir des textes et des préceptes islamiques.

    b) La déduction des règles et des législations régissant les évènements nouveaux. Il s’agit d’un vaste domaine qui s’appuie sur plusieurs principes tels que l’analogie, l’intérêt et le fait d’opter pour ce qu’on juge convenable, etc.

d) Préservation de la filiation

Il s’agit de la sauvegarde de l’espèce humaine sur terre par le biais de la reproduction. En effet, l’Islam cherche à garantir la perpétuité du parcours de l’humanité jusqu’à ce que Dieu décide de la fin du monde et hérite la terre et tout ce qu’elle comporte. Pour parvenir à cet objectif, l’Islam a prescrit les principes et les législations suivantes :

  1. La prescription du mariage : L’islam a prescrit le mariage et y a exhorté les musulmans. Il l’a considéré comme la voie naturelle et pure à travers laquelle l’homme se rencontre avec la femme, pas pour des motivations purement instinctives, mais dans le but de concrétiser un objectif sublime et honorable qui est la sauvegarde de l’espèce humaine et le désir d’obtenir une progéniture pieuse qui peuple le monde, édifie la vie humaine et prend la relève de la succession sur terre pour la transmettre aux générations futures. De cette façon, l’apport de l’espèce humaine se perpétue et la civilisation humaine s’épanouit sur la base des principes sublimes et des va-leurs nobles.
  2. L’intérêt pour l’éducation de la jeunesse et la consolidation des liens de concorde : les parents sont obligés de prendre soin de leurs enfants et de subvenir aux besoins de ces derniers jusqu’à ce qu’ils soient en mesure de se passer de l’aide des parents.
  3. L’intérêt pour la famille et son édification sur des bases saines, étant donné qu’elle constitue la forteresse dans laquelle la génération future est élevée et éduquée. L’Islam a fondé la relation matrimoniale sur la base du libre choix, de la satisfaction réciproque entre les époux, de l’harmonie et la consultation mutuelle sur toutes les questions en sorte que se propage de l’esprit d’affection et de compréhension, et sur l’effort de chacun des deux époux de procurer le bonheur à l’autre : (Ar-Rum, 21).
  4. L’Islam a prescrit au sujet des relations entre l’homme et la femme, un ensemble de principes et de règles morales qui garantissent la réalisation des objectifs nobles de ces relations et écartent les rapports anarchiques entre les deux sexes. En effet, en prescrivant à l’homme de baisser son regard face à la femme et vice-versa ; et en prescrivant le port d’habits servant de voile pour le corps et répondant à des critères particuliers, la législation islamique combat les causes de tentations. En dehors des cas de nécessité absolue, il est interdit à l’homme de s’isoler avec une femme étrangère même si elle est connue pour son engagement à porter des vêtements qui la couvrent, excepté en présence de l’un de ses mahrams (il s’agit du mari ou de ses plus proches parents avec les-quels il lui est légalement interdit de se marier). Dans l’Islam les maisons bénéficient d’une grande inviolabilité car il n’est permis d’y entrer qu’avec la permission de leurs occupants et après avoir salué ces derniers : (An-Nur, 27).
    Outre ces conduites morales et bien d’autres, l’Islam a prescrit les normes qui régissent les réunions entre les hommes et les femmes en cas de nécessité.
  5. L’interdiction de l’atteinte à l’honneur : pour cela, Dieu a interdit l’adultère tout comme il a interdit la diffa-mation et a prescrit pour chacun de ces actes, une peine répressive : (An-Nur, 2) ; (An-Nur, 4).

e) Préservation des biens

Comme cela a toujours été le cas entre l’Islam et les inclinations naturelles de l’homme ; en effet, il permet à ce dernier de les satisfaire et de répondre à leurs besoins dans la limite du raisonnable tout en les éduquant et les orientant afin qu’elles soient en règle et réalisent le bien pour l’homme sans lui causer du mal. Tel est aussi son comportement envers l’inclination à la possession innée chez l’être humain : l’Islam a permis la propriété privée et a dans le même temps prescrit des systèmes et des dispositions permettant de prévenir les conséquences néfastes qui pourraient résulter du débordement de cette inclination tels que le déséquilibre social et la monopolisation de la richesse par une minorité de personnes au sein de la société. Parmi les systèmes instaurés par l’Islam à cette fin, il y a le système de la Zakat, la succession et la sécurité sociale. Par conséquent, l’Islam a considéré la richesse comme l’une des nécessités de la vie humaine et a prescrit des lois et des orientations qui exhortent à sa recherche et son acquisition, garantissent sa préservation, sa conservation et son accroissement et ce, suivant les démarches suivantes :

  1. L’exhortation à la recherche et l’acquisition des moyens de subsistance : l’Islam exhorte à l’acquisition des biens en tant que moyen de subsistance de l’homme et considère la recherche des biens – lorsqu’elle est accompagnée d’une bonne intention et se fait à travers une voie licite – comme une sorte d’acte d’adoration et une voie pour se rapprocher de Dieu : (Al Mulk, 15) ; (Al Jumua, 10).
  2. L’Islam a élevé le rang du travail et rehaussé le mérite des travailleurs. Le Prophète (PBDL ) a dit : « Personne n’a jamais consommé une nourriture meilleure que le fruit de son labeur ; et le Prophète Dâwud mangeait du fruit de son travail. » Ce hadith est authentique. Par ailleurs, il a confirmé le droit au travail pour chaque individu et a chargé l’Etat de fournir du travail à ceux qui n’en trouvent pas. De même, il a confirmé la dignité du travail-leur et a prescrit de lui donner ses droits matériels et moraux. Le Prophète (PBDL ) a dit : « Donnez à l’ouvrier son dû avant que ne se dessèche sa sueur. » Le Prophète (PBDL ) rapporte également que son Seigneur a dit : « Il y a trois catégories de personnes dont Je serai l’adversaire au Jour de la Résurrection : un homme qui aura promis de donner en Mon nom puis manquera à son engagement ; celui qui aura vendu un homme libre et mangera l’argent qui en aura été le prix ; celui qui, ayant pris à gages un ouvrier, ne lui paiera pas son salaire lorsque cet ouvrier aura accompli son travail. »
    En outre, l’Islam a décidé que l’ouvrier doit recevoir un salaire lui permettant de subvenir à ses besoins.
    Le Prophète (PBDL ) a dit : « Que celui qui exécute pour nous un travail et n’a pas de maison s’en acquière une ou s’il n’a pas de femme qu’il se marie ou s’il n’a pas de monture qu’il s’en procure une. » C’est ce qui est désigné de nos jours par la fixation du salaire minimum.
  3. La permission d’effectuer des transactions équitables qui ne comportent pas d’injustice, ni d’atteinte aux droits d’autrui. Pour cela, l’Islam a approuvé certains genres de contrats qui existaient à son avènement après les avoir purifiés des injustices qu’ils comportaient ; c’est le cas du commerce, de la location, du gage, du partenariat, etc. Il a également laissé le champ libre aux contrats que découvrent les expériences sociales, à condition qu’ils ne renferment pas l’iniquité ou l’injustice envers l’une des parties et ne relèvent pas de la consommation illicite des biens des gens.

Les moyens de sauvegarde des biens consistant à les conserver et les perpétuer :

  1. La régulation de l’utilisation des biens dans la limite de l’intérêt public. Par conséquent, l’Islam a interdit de gagner de l’argent par les moyens illégaux qui portent atteinte à autrui. Parmi ces moyens illégaux, il y a l’intérêt usuraire en raison de ses conséquences préjudiciables à l’équilibre social : (Al Baqara, 275) ; (Al Baqara, 188).
  2. De même, l’Islam a interdit l’atteinte aux biens d’autrui par le vol, le gangstérisme et l’escroquerie et a pres-crit des peines pour ces délits : (Al Maïda, 38). Il a également prescrit la réparation à celui qui endommage les biens d’autrui. Le Prophète (PBDL ) a dit : « Il est illicite au musulman de porter atteinte au sang, aux biens et à l’honneur du musulman. »
  3. Il a interdit de dépenser de l’argent dans les voies illégales et a exhorté à le dépenser dans la bonne voie. Cela repose sur l’une des principales règles du système économique islamique qui stipule que la fortune appartient à Dieu et que l’homme n’en est qu’un gérant et un mandataire : (Al Hadid, 7), (An-Nur, 33). Ainsi, il incombe au détenteur des biens de les gérer dans le cadre définit par l’Islam ; il n’est donc pas permis qu’il soit envoûté par la richesse et outrepasse toute limite car c’est un facteur de corruption et de destruction : (Al Isra, 16). Et il n’est pas permis de gaspiller les biens inutilement : (Al Isra, 26-27)
  4. L’Islam a prescrit des dispositions garantissant la préservation des biens des mineurs et de ceux qui n’arrivent pas à bien gérer leurs biens tels que les orphelins, et les enfants jusqu’à ce qu’ils atteignent l’âge de la puberté. Pour cela, il a prescrit qu’on lui désigne un tuteur : (An-Nissâ, 6) ; (Al Baqara, 220). En fait également partie, le fait d’empêcher une personne majeure de gérer ses biens si elle le fait mal : (An-Nissâ, 5).
  5. L’organisation de la transaction financière sur la base du consentement et de la justice. C’est ainsi que l’Islam a décidé que les contrats n’engagent les contractants que s’ils résultent du consentement mutuel et de la justice. Pour cette raison, il a interdit le jeu au hasard : (An-Nissâ, 29).
  6. L’exhortation à l’accroissement et l’investissement de la richesse afin qu’elle joue son rôle social. En conséquence, l’Islam a interdit le blocage du mouvement des fonds et lutté contre la thésaurisation : (At-Tawba, 34).

A l’aide de toutes ces législations, l’Islam a préservé les biens et les a protégés de la corruption afin qu’ils jouent convenablement leur rôle en tant que valeur irremplaçable dans la conservation du système de la vie humaine et la réalisation de ses objectifs dans le domaine de la civilisation et de l’humanisme. En cela, les biens sont pareils à tous les intérêts précédemment évoqués qui représentent le fondement de l’existence humaine, le pilier de la vie humaine et le centre de la civilisation humaine. Si on ne leur accorde pas un soin et ne préserve pas leur système, le monde se démolit, la vie humaine devient impossible et leur apport et leur exploitation cessent dans cette existence.