Etat des lieux aux confins de Saint Martin d’Hères

Un article sur les enjeux de la vie associative locale, et notamment de l’engagement des associations musulmanes.

samedi 5 février 2005

1/ Recomposition des repères

Il y a des voix du silence, on ne saurait y rester sourd.
Elles sont assourdissantes
. (Gérard Timsit )

La ville de saint martin d’hères ne pourra se prévaloir encore longtemps de ses valeurs de la république et des droits de l’homme, si une importante partie de sa population, et notamment de sa jeunesse continue, à être reléguée dans la précarité ou la pauvreté (il suffit de voir nos quartiers le soir ; demandez à un jeune où il habite et il vous dira : « à saint martin bière »…) et si de plus en plus de citoyens ne sont ni entendus, ni représentés, et sont tenus à l’écart des choix politiques qui décident de leur vie de tous les jours.
La triste réalité aujourd’hui est que la plupart des associations de quartier tenues par des musulmans, très présentes au niveau local, demeurent toujours exclues de tous les débats portant sur la vie politique locale et sur les réaménagements urbains ; au sein de l’institution scolaire, des musulmanes et des musulmans pratiquants rencontrent des difficultés nombreuses (accompagnement pédagogique, entre autres). C’est en particulier le cas des mères de famille qui portent le foulard qui voulaient être membre de conseil d’école, représentantes de parents d’élèves, et qui en ont été empêchées de manière plus ou moins insidieuse. Il est certain que le débat démocratique et citoyen dans ces quartiers est encore loin de voir le jour.
De discours électoraux incantatoires en promesses républicaines oubliées, beaucoup sont aujourd’hui écoeurés de la politique (force est de constater que nos élus du canton sud Martinérois ne sont visibles que pendant les élections).

Nous constatons toujours cette situation d’injustice, d’inégalité dans l’accès :

- aux études : un constat d’échec ; nos écoles sont devenues des écoles d’apartheid, des écoles à double vitesse ; et le choix de l’école confessionnelle augmente, au détriment de l’école publique ; l’école censée faciliter la promotion sociale a dû constaté son échec en créant des ZEP (zones d’éducation prioritaire) et par-là revenir sur l’un de ses principes fondateurs d’égalité - en acceptant que des avantages matériels et pédagogiques soient accordés à des écoles se situant dans des quartiers défavorisés. L’inégalité des chances a conduit à donner plus à ceux qui ont beaucoup moins de chance de réussir que les autres (1).
- À l’emploi : de plus en plus des enfants des quartiers défavorisés quitte l’école sans une très bonne formation et de plus en plus l’économie parallèle s’instaure).
- Au logement : sachant que si vous êtes d’origine maghrébine, vous êtes relégués dans les quartiers ghettos (Arlequin, Baladins, Mistral, Chamberton…) dans lesquels la mixité sociale n’est pas encore un fait établi.
Pour nombre d’entre eux, une discrimination liée à l’origine ethnique ou à la pratique religieuse : voila plusieurs années que la mairie empêche les musulmans d’acheter leurs propres mosquées en utilisant le droit de préemption, (2) aujourd’hui même le maire ne veut pas de mosquée à Saint Martin d’Hères.

Nous espérons que l’on ne fera pas comme le maire de Villefranche-sur-Saône qui envisageait d’exclure des écoliers musulmans sous prétexte qu’ils refusaient de manger de la viande non halal (3). Ces ségrégations sont contraires aux valeurs et aux lois qui fondent ce pays.

Il est nécessaire de faire une autopsie politique, de faire un bilan des rapports de la Gauche avec les quartiers défavorisés dans la ville rouge de saint martin d’hères ; c’est impitoyable.
Sujet : les rendez-vous manqués du communisme municipal avec les migrants d’après-guerre, puis leurs enfants… Bilan ?
Une abstention qui touche 50% des inscrits, et un quartier comme Renaudie toujours en relégation.

Nous voulons que la responsabilité de la ghettoïsation urbaine soit au cœur du débat. En revanche, la mise à distance de toute responsabilisation civique digne de ce nom des Français d’origine maghrébine incombe bien au pouvoir local. Crainte de heurter le peuple ouvrier « pavillonnaire » qui a déjà fui les quartiers dégradés ? Sans aucun doute. Sauf que le calcul est à courte vue puisque le PC est en train d’être abandonné par les petites classes moyennes sans se faire adopter par les salariés précaires issus de l’immigration.

Dans le cadre de "la politique de la ville", les réponses aux problèmes se résument sur le terrain à des discours et à des "mesurettes" ; les citoyens concernés sont quant à eux exclus des processus de décision.
"La démocratie participative" est devenue un leurre. Le fossé entre les élus et les habitants issus des quartiers grandit. La simple évocation de "l’homme politique" nourrit souvent la suspicion.
Il est vrai que trop d’entre eux ont confondu "servir" et "se servir" (parlons des mandats des dinosaures cumulards...). N’importe quel citoyen doit pouvoir occuper une charge politique et contribuer aux affaires de la cité. La politique ne doit plus être l’affaire d’une élite mais l’affaire de tous.

En fait, la situation de nos villes et de nos quartiers révèle l’ampleur des disfonctionnement de toute la société française. Le bilan est terrible : chômage, citées à l’abondons, injustices, éducation au rabais, discrimination, population et quartiers stigmatisés.

Voulons nous êtres les otages de la gauche ? des jambons beurs de ceux qui veulent nous enfermer dans la victimisation. La revendication réactionnelle ne peut suffire à construire un projet.

2/ Notre compréhension

La plus grande erreur est de penser
Que tu ne te trompes jamais.
(T. Carlyle )

Si nos quartiers sont des périmètres de violence, de pauvreté et d’injustices elles sont aussi des lieux d’intelligences, de solidarité, de dignité et de mémoire. Les français de confession musulmane ne doivent en aucun cas, devenir des variables d’ajustement de la sphère politique vis à vis de la société civile (il aurait suffit de voir le dimanche 30 janvier a mistral des corps associatifs utiliser, voir instrumentaliser la fête de l’aïd pour des logiques politiques il est temps d’en finir avec les bougnouleries !(4).)

C’est à partir des individus eux-mêmes, de leur histoire sociale, de leurs luttes, de leurs besoins, de leur conscience, de leurs projets que nous devons définir notre engagement politique, notre volonté d’en finir avec cette sous citoyenneté réductrice et infantilisante, qui émane d’états d’âme existentiels voire de frustrations ethnico urbaines.
Elle doit être l’expression d’une compétence pour infléchir les orientations et les choix et pour accéder à une vraie présence.
Aujourd’hui, tous ceux qui sont sur le terrain le savent : le mouvement associatif musulman fait peur car il dure et en terme de dynamique, il est un des tissus les plus actifs. Or, quand ce tissu associatif confirme des valeurs sociales, c’est accepté, mais dés qu’il questionne ces valeurs sociales, il inquiète. (Voir « Faut-il faire taire Tariq Ramadan ? »). Vu le nombre important d’associations musulmanes dans nos banlieues qui multiplie ce type d’actions citoyennes (et politiques ?) la mise en place d’un organe représentatif musulman (soumis aux injections ministérielles) rentre dans cette stratégie de contrôle et de soumission (5). Il y a un total désintéressement de nos revendications qui sont souvent instrumentalisées.

Même dans le cadre le plus large des associations citoyennes locales présentes dans nos quartiers, on observe la même stratégie des pouvoirs publics qui tentent de faire obstruction à l’émergence de propositions et revendications issues de structures indépendantes de terrain.

Les partis politiques ne sont plus que des machines à promotion sociale et à prendre le pouvoir et non des lieux d’expérimentation politiques de réflexions et d’actions citoyennes.
Les martinérois de confession musulmane, entretiennent inconsciemment cette machine à promotion sociale, et ils deviennent eux même des promoteurs pour négocier un espace religieux, afin de marquer une présence.

Dans ces conditions, comment développer l’idéal citoyen dans ces quartiers alors que leurs habitants vivent quotidiennement la discrimination et l’injustice sociale ? Quelle idée citoyenne peut-on encore promouvoir face à la désaffection à l’égard du politique face à la perte des valeurs de partage et de solidarité.
Les musulmans doivent se rappeler de la personne illustre de ‘Omar ibn al Khattab et de son comportement avec une famille de nécessiteux.
Ainsi, tu peux avoir la plus belle des mosquées, sa lumière ne réside pas dans son architecture ni dans son espace, ni dans la hauteur de son minbar, mais elle réside dans le cœur des fidèles.
On parle de mosquée sans chercher à concrétiser la signification de sa présence.
Comme on parle de Dieu sans chercher à pratiquer ce qu’implique Son existence.
Les mains qui aident sont aussi sacrées que les lèvres qui prient et si tu fermes la porte à toutes les erreurs, la vérité restera dehors ! Éduquons notre mémoire.

Aujourd’hui, nous sommes néanmoins en train de forger en partie notre réalité. (6)

Nous devons rester attentifs aux autres expériences qui pourraient émerger de nos associations même si les analyses sont différentes voir opposées.

L’opinion la plus réaliste (mais la plus difficile à réaliser) reste la constitution avec d’autres (musulmans ou non) d’une plate–forme citoyenne d’action politique.


Voir en ligne : http://pasapas38.com/article.php?id=7

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